TYEN

           En septembre 2009, au Palais de Tokyo, les plus grands acteurs de la mode française
et internationale célébraient les trente ans de création chez Dior d’un des artistes les plus
importants et les plus influents de la photographie : TYEN, est l’invité d’honneur du
9e Festival Internartional de la Photographie de Mode à Cannes.
Un parcours atypique pour un artiste qui a su concilier deux passions : le maquillage –
qu’il a élevé au rang de véritable discipline artistique – et la mode. Deux passions au service
d’un amour : la photographie.
Son regard fut exercé par des pointures telles que Richard Avedon, Irving Penn, Hiro et Bill King
que Tyen appelle ses maîtres, avec lesquels il a travaillé comme maquilleur avant de passer
lui-même derrière l’objectif en 1984.
Dès lors, Tyen se singularise par la richesse d’un imaginaire fabuleux au sens premier du mot.
Des couleurs bien sûr, mais aussi des décors, des tonalités, des accessoires, des textures, des
matières qui sont autant de saveurs nourrissant un univers baroque et sensuel qu’il qualifie
lui-même de féérique. Et durant sa carrière, Tyen a attrapé les plus belles fées de la mode
et du glamour : Carla Bruni, Natalie Portman, Monica Bellucci, Iman, Milla Jovovich,
Emmanuelle Béart, Laetitia Casta, Naomi Campbell, Karen Mulder, Helena Christensen,
Kristina Semenovskaia, Karlie Kloss…

"Chaque photographe à sa lumière comme chaque saison à la sienne."

Lumière. Le mot revient sans cesse dans sa conversation. Comme si la lumière était la seule
vérité. Comme si tout le reste n’était que détail, comme si tout le reste n’était là que pour la
servir. Même les couleurs. Lui qui est reconnu dans le monde entier comme un des maîtres
dans l’art de la beauté, de les concilier, de les réconcilier, de les faire converser, les couleurs
sont subalternes. « La couleur est dans mes veines, mais le rouge et le noir encore plus. En fait,
j’imagine en couleurs, mais la vérité, je le sais, c’est que je vois en noir et blanc, je suis albinos.
D’ailleurs, lorsqu’il y a trop de couleurs, ça me… dérange ! », dit-il en souriant, sans qu’il soit
facile de savoir si c’est vrai ou si c’est ce qu’il voudrait qu’on comprenne.
Un « Je » de cache-cache que l’on retrouve dans son travail. Ce qui se voit n’est pas toujours ce
qu’il montre. Ce qu’il photographie avec tant de force n’est pas toujours ce qu’il démontre avec
subtilité.
« Une bonne photo est le témoignage d’une rencontre entre une lumière (le photographe)
et un reflet (le modèle). Une bonne photo est une liaison. Si le reflet est troublant, si la lumière
est désireuse, alors il arrive que la liaison se fasse, que l’un vers l’autre nous avancions pour nous
fondre dans l’image. Et ça je le sens, je le sais. Mes images sont vraies. Elles sont ce qui a été.
Je ne travaille pas en numérique, moi Je préfère le clic-clac de mon Hasselblad, c’est jouissif !
Je travaille en argentique, l’instant du 1000ème de seconde est irréel et magique.
Et puis je crois qu’avec toutes ces années d’observation,
mon regard est déjà numérique, mon doigt est déjà digital. »


ANTOINE FANTIN