MARC HISPARD

Le point d’ancrage

Il y a des vies comme ça. Des vies immédiates. Des vies d’un seul geste. Nettes, sans hésitations, sans ratures, sans retouches, elles semblent suivre le tracé de leur dessein et ne jamais s’en écarter.
Elles ne se racontent pas, elles s’écoulent, naturellement.

La vie de Marc Hispard est comme ça. Ou, tout au moins, elle en donne l’impression. Apprenti laborantin dès l’âge de quinze ans sa signature, plus qu’une référence de la photographie de mode, est aujourd’hui un point d’ancrage contre toutes les dérives, contre la tentation des sirènes de la modernité.
Un point d’ancrage qui résiste à l’hyper sophistication du numérique, préférant à la technologie des pixels la chimie amoureuse de la lumière sur le nitrate d’argent, et l’odeur des bains de la chambre noire aux clics et double-clics. Un point d’ancrage contre les retouches à l’exactitude, à l’infini. Un point d’ancrage enfin pour ceux qui craignent qu’un jour le photographe de mode ne se transforme en « dessinateur de mode » ; que les infographistes ne remplacent les directeurs artistiques ; qu’un soir on abandonne définitivement à nos fantasmes la beauté naturelle des femmes.
Pour Marc Hispard, une bonne photographie c’est moins le ciel tel qu’on l’imagine, c’est moins le talent qu’offre la palette graphique de tel ou tel logiciel, une bonne photographie pour lui reste un instant unique, infime, une fraction de seconde où la lumière, le modèle, l’espace, les éléments font du hasard une providence qui doit rester tel quel : naturelle.